Zero Line · Les véhicules

Zero Line est un journal de recherche tenu d'abord pour l'usage de son auteur. Rien sur cette page n'est un conseil en placement ni une recommandation d'acheter un produit : pas même ceux qui servent d'exemples chiffrés.

Les véhiculesZero Line · guide · comment s'exposer à un marché

Nos relevés désignent des marchés : le coton, le blé, l'or. Mais on n'achète jamais « le coton » : on achète un véhicule qui s'y rattache, et chez un courtier suisse grand public, les contrats à terme ne sont souvent pas disponibles. Cette page explique ce que sont les véhicules de remplacement, ce qu'ils coûtent vraiment, et comment la taille de la position doit changer quand l'un d'eux embarque un levier.

La famille, d'un coup d'œil

VéhiculeLevierÉchéancePerte max. Coûts cachésNotre lecture
Action, ETF, tracker1×aucunela mise frais annuels, roulement (ETC)le véhicule par défaut
Mini-future2 à 10×aucunela mise financement, changele levier le plus lisible
Warrant knock-out2 à 20×souvent datéela mise (souvent à zéro) valeur temps, volatilité implicitenous l'évitons
Option (call, put)variabledatéela prime valeur temps, volatilité implicite12 mois min., jamais hors de la monnaie
Contrat à terme5 à 20×datée, à roulerau-delà de la mise roulement, appels de margepour qui sait le manier
CFDréglableaucuneselon le compte financement quotidienproche du mini-future, moins transparent

« La mise » signifie que le pire scénario est de perdre ce qu'on a payé, jamais davantage. Seul le contrat à terme peut réclamer plus que le capital engagé : c'est l'appel de marge.

Pourquoi pas simplement le contrat à terme ?

Le future est l'instrument le plus honnête de la liste : pas d'émetteur, pas de barrière, un carnet d'ordres profond ; c'est d'ailleurs sur des séries de futures que toutes nos mesures sont faites. Son vrai défaut n'est ni la marge ni le roulement : c'est la granularité. Un contrat de cacao représente ~66'000 $ d'exposition, un contrat d'or ~460'000 $ : alors que notre règle de taille demande, sur un capital de 100'000, des positions de 4'000 à 10'000. Le contrat plein convient aux capitaux qui se comptent en millions ; en dessous, les contrats micro (or, argent), les minis de bourse suisse et les ETC font le même travail à la bonne échelle. Le bon véhicule est celui dont une unité vaut moins que votre taille calculée.

Anatomie d'un mini-future

C'est le véhicule à levier le plus honnête, parce que son prix se recalcule à la main. L'émetteur (une banque) détient le sous-jacent pour vous et en finance la plus grande partie ; vous ne payez que la tranche supérieure. Exemple réel, relevé le 28 août 2026 sur un mini-future coton coté en Suisse :

COTT
Le sous-jacentle contrat à terme coton (New York), ~91 cents la livre
C
Le sens« Call » = Long, pariez sur la hausse (P = Short)
0.61
Le niveau de financement60,53 cents : la part que la banque finance
VT
L'émetteurVontobel : votre contrepartie

Ce n'est ni un strike, ni une échéance. Un mini-future n'a pas de date de péremption (la « date d'émission » de la fiche est sa naissance, pas sa mort), pas de valeur temps, pas de volatilité implicite. Il suit le sous-jacent cent pour cent.

Le prix, vérifiable au centime

prix = (cours − financement) × ratio = (91,00 − 60,53) × 0,1 = 3,05 $ ≈ 2,45 CHF  (affiché 2,53 / 2,54 : l'écart est le spread et le change)

Le levier, lisible dans le nom

levier = cours ÷ (cours − financement) = 91 ÷ 30,47 ≈ 3,0 ×

Le coton fait +10 %, le mini fait +30 %. Et −10 % fait −30 %. Plus le chiffre du nom est proche du cours, plus le levier est fort : le même produit en version « 0.67 » porte un levier de 3,8× avec une barrière plus proche. Le chiffre bas est la version prudente.

La barrière n'est pas votre sortie

Chaque mini-future porte une barrière désactivante (le « stop loss » de la fiche, ici 61,55 cents) : si le sous-jacent la touche, même en séance, le produit est liquidé et l'émetteur vous rembourse la valeur résiduelle ; l'écart entre le prix de liquidation et le niveau de financement. Ce n'est pas zéro, mais c'est presque tout.

61,55barrière
(−32 %)
82,62invalidation
(−9 %)
91,00cours
91,48verrou

La bonne architecture : une barrière si lointaine qu'elle ne joue jamais. La sortie, c'est le seuil d'invalidation publié dans nos relevés : ici 82,62, bien avant la barrière. Un produit dont la barrière se situe entre le cours et l'invalidation peut mourir d'une simple respiration du marché, thèse intacte : c'est un produit mal choisi, quel que soit son levier.

Scénarios chiffrés, sur cet exemple

Le coton va àVariation du coton Valeur du miniRésultat
97,10 (verrou suivant)+6,7 %3,66 $≈ +20 %
100,00+9,9 %3,95 $≈ +30 %
82,62 (invalidation)−9,2 %2,21 $≈ −28 %
61,55 (barrière)−32 %résidu ~0,10 $≈ −97 %

La ligne qui compte est la troisième : si l'invalidation est touchée et qu'on sort comme la méthode l'exige, on perd le levier × 9 %, pas tout. La quatrième ligne est ce qui arrive à celui qui « attend que ça remonte ».

Les deux frais qu'on ne voit pas

Le financement rampe

La banque vous prête la tranche financée et facture un intérêt quotidien (taux du marché plus deux à trois pour cent l'an). Concrètement, le niveau de financement : et la barrière avec lui ; monte lentement, de quelques pour cent par an. Modeste sur six mois, réel sur deux ans.

Le change

Un sous-jacent en dollars logé dans un produit en francs vous fait porter le dollar en plus du pari : sauf si la fiche porte la mention « quanto », qui neutralise le change contre un léger surcoût.

Pourquoi nous évitons les warrants knock-out

Ils ressemblent aux mini-futures : un levier, une barrière ; mais leur prix embarque une valeur temps et une volatilité implicite : deux composantes que l'émetteur fixe et que vous ne pouvez pas recalculer. À barrière touchée, le remboursement est souvent nul. À thèse égale, le mini-future fait la même chose en se laissant vérifier. La même logique vaut pour les options achetées hors de la monnaie : le levier apparent y est payé en probabilité de tout perdre.

Qu'est-ce qu'une « taille normale » ?

Toutes nos fiches indiquent une exposition en pour cent « d'une taille normale ». Voici la définition, en trois lignes :

position normale = 10 % du capital, en exposition
taille effective = 10 % × min(1 ; 25 ÷ volatilité)
francs engagés = exposition ÷ levier du véhicule

Un marché à 25 % de volatilité annualisée : la cible ; reçoit la position pleine ; un marché deux fois plus agité en reçoit la moitié. Ainsi chaque ligne du portefeuille apporte à peu près la même dose de risque, quel que soit le tempérament du marché.

Exemple sur un capital de 100'000 : l'or (volatilité 22 %) reçoit 10'000 d'exposition ; le blé (33 %) en reçoit 7'600 ; le cacao (57 %) en reçoit 4'400. Dans un véhicule à levier 3×, ces montants se divisent par trois en francs déboursés : l'exposition, elle, ne change pas.

Garde-fous : une dizaine de lignes au maximum ; chaque position doit pouvoir toucher −30 % ; le creux qu'une position sur cinq traverse ; sans entamer plus de ~3 % du capital ; et l'on ne « recharge » jamais une position pour se refaire.

Le levier ne change pas le pari, il change les francs

C'est le point que tout le reste de la page prépare. Notre règle de taille ajuste chaque position à la volatilité du marché : plus un marché est agité, moins on en porte. Quand le véhicule embarque un levier, cette taille se mesure en exposition, pas en francs déboursés :

francs à engager = exposition voulue ÷ levier

Exemple : la règle donne une exposition de 14'000 CHF sur un marché. En direct, on achète pour 14'000 CHF. Dans un mini-future à 3,8×, on n'engage que ~3'700 CHFet le reste dort en liquidités. Chaque franc du produit porte 3,8 francs de marché : c'est le même pari, logé dans moins de capital.

Le piège classique est de mettre les 14'000 dans le produit à levier « pour faire mieux ». On porte alors 53'000 francs de marché sans le savoir, et une respiration ordinaire de −9 % : le creux médian de nos positions est de −6,8 % ; coûte un tiers du capital sur une position dont la thèse est toujours valable. Le levier n'a jamais tué personne ; la taille, si.

Réserves

  • Ce n'est pas un conseil en investissement. Nous ne sommes pas conseillers financiers et ne connaissons ni votre situation, ni vos objectifs, ni votre tolérance au risque. Ce document est une recherche financière impersonnelle, identique pour tous les abonnés. Il ne constitue ni une recommandation personnalisée, ni une offre, ni une sollicitation d'achat ou de vente.
  • Un seuil n'est pas une prédiction, ni un ordre de protection. Nous publions le prix auquel une structure cède. Nous ne savons pas si le marché ira le chercher. Un seuil ne dimensionne aucune position et ne remplace aucun ordre stop.
  • Le tracé d'une structure comporte une marge. Notre détection est automatique et sa règle est publiée : au moins trois creux alignés dans une tolérance donnée, la structure la plus récemment touchée l'emportant. Un praticien traçant à la main placerait son trait quelques dixièmes ailleurs. Nous mesurons cet écart à environ 1 % sur le seuil, et nous préférons l'annoncer qu'afficher une fausse précision.
  • Le levier amplifie les pertes autant que les gains. Options, contrats à terme et produits à effet de levier peuvent entraîner une perte supérieure au montant engagé. Nos mesures historiques sont calculées hors frais de courtage, hors écarts de cotation et hors coûts de roulement, qui réduisent tout résultat réel.